À chacun et chacune d'entre vous, mon plus chaleureux bonjour. Je vous
souhaite un bon 8 mars et si on a voulu nous rappeler la présence de
Madame Lise Payette avec " Place aux femmes ", je voudrais souhaiter
une particulière bienvenue aux hommes qui ont le courage d'être
présents. La journée de la femme, ce n'est pas simplement pour
les femmes, c'est pour permettre aux personnes de toute condition, de tout âge,
de toute génération, de tout sexe de faire une réflexion
sur la vie des femmes et leur vision. Il est certain que le profil est différent
d'avec celui d'il y a 30 ans. Être femme, il y a 30 ou 40 ans, c'est différent
d'aujourd'hui. Pourquoi, c'était différent? Le système
d'éducation de cette époque était très distinct
d'aujourd'hui. À l'époque où j'avais 15 ans, les formatrices
étaient nos mères. Elles étaient responsables de l'éducation
et de la formation particulièrement réservées aux femmes.
Les hommes avaient comme responsabilité d'aller travailler pour s'assurer
qu'il ne manquait de rien à la maison. Nos mères nous ont éduquées,
pour remplir un rôle de femme aux services des hommes. Les femmes qui
étaient au service des besoins primaires de la famille pendant que les
garçons étaient éduqués pour faire les tâches
à l'extérieur de la maison. Jamais dans ma vie d'adolescente ou
de jeune femme il m'est venu à l'idée d'être sur le marché
du travail ou d'avoir un employeur. J'aurais préféré faire
de la botanique, mais pour l'étudier, il aurait fallu étudier
à l'extérieur de la ville et mes parents n'auraient pas aimé.
Pour moi, c'était une ouverture vers un monde qui nous permettait de
vivre autrement. Quand je suis sortie de l'école normale, la première
chose que j'ai fait, puisque je suis un rat de bibliothèque, c'est d'aller
vers mes penchants qui étaient en horticulture ou en floristerie. J'ai
suivi des cours par correspondance pour arriver à faire ce que je voulais.
Mon père m'a permis de partir en rêve dans un commerce de fleurs.
Immédiatement, je me suis imaginée qu'on ne pouvait
pas avoir de fleurs sans musique. La musique et les fleurs c'est deux éléments
de la création qui nous apportent l'émerveillement et la beauté.
Sans avoir été préparé, ma route s'est fixée vers ce rêve. Quand est venu le temps du mariage, il n'était pas acceptable que je reste en affaire. La première question que mon père a demandé à mon futur époux a été : " Es-tu capable de la faire vivre? " Finalement j'ai vendu ma boutique et j'ai conservé mon petit logement. J'ai fait avec les propriétaires de la bâtisse, un arrangement pour qu'ils me permettent d'emprunter leur sous-sol deux jours par semaine pour recevoir des fleurs, les transformer en bouquet de mariée ou en corsage. J'ai pu emprunté leur sous-sol à un coût très bas et en compensation, je nettoyais de façon impeccable l'endroit. En retour, je faisais leur pelouse et je leur rendais des petits services. On peut ne pas être préparé, mais moi je passe mon temps à dire que : " Oser la vie, c'est créer des beaux moments remplis d'espoir ".
Plusieurs d'entre vous sont nés avec des limitations, peu importe la
limitation, on ne vous a pas éduqué et formé pour vous
préparer à sortir de la maison. Vous n'avez pas été
préparé à vous engager dans une association ou à
aller sur le marché du travail. Je me souviens des batailles que j'ai
dû faire lorsque j'étais à l'Office des personnes handicapées
du Québec (OPHQ) pour que les personnes qui ont des limitations puissent
aller dans une vraie école, avec des vrais enfants, avec des vrais amis
de la rue, des amis du village ou des amis du quartier. Pour que ces personnes
soient des citoyens qui se créent un réseau. Le premier réseau
dans la vie, c'est la famille. Le deuxième réseau se fait avec
ceux qui vivent dans la même communauté, dans notre rue, dans notre
paroisse ou dans notre village. Le troisième réseau c'est l'école.
Appartenir à une association, à un regroupement, à un monde
qui fait avancer la vie que ce soit par le travail, que ce soit par les ressources
ou autres
choses. Qui aurait pensé quand vous aviez 15 ans que vous sortiriez de
votre maison avec votre canne blanche, avec votre béquille, votre marchette,
votre chaise roulante ou avec un fauteuil électrique?
Moi, je suis née dans la région de Joliette. Il y avait dans mon
village des gens d'affaire qui avaient commerce et ils avaient six ou sept enfants,
dont un était trisomique. Cet enfant vivait sans jamais être au
contact de ces frères et surs. Il vivait dans le grenier, c'était
la période où le handicap était vu comme une punition du
ciel. La maman montait trois fois par jour, avec un bol de bouillie pour le
nourrir. On ne voit plus cela aujourd'hui parce qu'on s'est ouvert à
la vie. On a compris que tous ces préjugés étaient de l'ignorance.
On ne connaissait pas autres choses.
Quand j'étais présidente de l'Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ), le siège social est à Drumondville, j'avais un bureau à Montréal dans l'édifice Loto-Québec. L'édifice Loto-Québec est un édifice où il y a une sécurité incroyable à cause des billets de loterie. C'était très difficile de travailler le soir à mon bureau parce qu'on ne pouvait pas sortir de l'édifice sans avoir des agents de sécurité. Un soir, où je travaillais, il faisait pluie battante. Vous savez que pour les personnes en fauteuil roulant, c'est difficile d'avoir un taxi. J'attendais depuis au moins 20 minutes et il n'arrivait pas. J'ai décidé de demander à un agent de sécurité de venir avec moi dehors pour essayer d'arrêter un taxi. Il y en a un qui est arrêté et lorsqu'est arrivé le temps de me transférer, le temps de mettre le fauteuil dans le coffre arrière et le temps de rembarquer dans la voiture, le chauffeur était tout mouillé. Je lui ai dit : " Si vous voulez prendre le temps de vous sécher, monter à la maison mon mari est là ". Il m'a dit : " Vous savez, Madame, si on reculait 7 ou 8 ans en arrière, je ne vous aurais jamais fait ". Faire un client est une expression de chauffeur de taxi. Je lui ai demandé de m'expliquer ce qu'il voulait dire. C'était un homme qui avait à peine 40 ans, il me dit : " Moi, j'ai été élevé par des parents qui m'ont toujours dit qu'une personne handicapée, on ne doit pas la regarder, lui parler et on ne doit pas la toucher de peur de devenir comme elle ". Cela est arrivé, il y a environ 10 ans. On sort de cette mentalité, je ne dis pas que c'est facile, je dis que l'on en sort.
Il y a 40 ans que je suis dans mon fauteuil, quand j'étais vice-présidente à la Commission de la Santé et de la Sécurité du travail (CSST), il y avait au Saguenay, un homme qui était inspecteur sur des chantiers et son spécialiste lui avait dit qu'un jour il deviendrait complètement aveugle, du jour au lendemain. Cette personne a quitté le bureau le vendredi soir " voyant " et le lundi matin, il était " non-voyant ". Cet homme avait heureusement été préparé par le médecin. Avec tous les changements technologiques, j'ai pu faire des démarches pour que son ordinateur puisse transcrire en braille ce dont il avait besoin pour faire son travail. Il ne pouvait plus être inspecteur mais il pouvait quand même servir comme préposé à l'accueil. Cet homme avec tout son sens de vivre à décider de suivre des cours pour devenir massothérapeute. Vous savez, dans la Mélodie du bonheur, il y a une petite phrase extraordinaire qui dit : " Quand Dieu ferme une porte, il ouvre généralement une fenêtre ". Être un masseur non-voyant, c'est intéressant pour la personne qui a un peu de pudeur, de savoir qu'une personne va lui faire du bien juste en la touchant, sans la voir. À ce moment, il avait deux emplois. Un jour, il m'a dit qu'il aimerait venir avec moi pour rencontrer des travailleurs accidentés. Je l'avais invité à Baie-Comeau où j'avais accueilli des sourds professionnels. C'était des travailleurs qui avaient généralement travaillé dans des entreprises où il y avait énormément de bruit et doucement ils ont perdu leur audition. Je lui ai fait rencontré un homme qui était sourd profond. À la suite du partage de ces deux hommes, on en est venu à la conclusion qu'ils vivaient tous les deux une limitation complète dans leur handicap. Et le sourd était tellement fier d'être seulement sourd parce qu'il se comparait au non-voyant qui lui se trouvait tellement fier d'être seulement non-voyant.
J'avais comme amie une femme que vous avez connue et que vous avez aimée, elle s'appelait Hélène Baillargeon-Côté. Elle faisait le folklore, elle faisait des émissions d'enfant et puis quand j'étais présidente des fêtes du Canada, elle était une femme de petit bout de papier. Elle venait mettre un petit papier régulièrement sur mon pupitre, cela pouvait être une petite recette, un poème ou une maxime. Un jour, elle a déposé quelques choses sur mon bureau, du papier sur lequel il était marqué : " Un souci pèse une once ou une tonne, tout dépend de l'importance que tu lui donnes". C'est le plus beau héritage qu'elle m'a laissé.
C'est quoi le pourcentage des immigrants, des aînés, des adolescents? Ils ne sont pas comme tout le monde, ils ont leurs problèmes, eux aussi, et ce n'est pas en voulant attirer une certaine pitié, en disant regardez-moi, je suis une chinoise. Je ne sais pas faire autre chose que de parler le mandarin ou le cantonnais. Non, c'est d'appartenir à une communauté. Louis Laberge, ce grand syndicaliste, lorsqu'il siégait au conseil d'administration de la CSST, disait ce qui est important dans la vie, c'est un jour que quelqu'un découvre que tu es tellement important dans une association, dans ton travail, que tu deviens une personne dont tu ne peux pas te passer. Tout le monde de l'engagement social vient qu'à réaliser que la personne qui était là juste pour un passage a commencé à mettre de l'âme, à aimer cela et à s'engager.
Moi, j'avais une amie, chez qui il n'y avait pas de handicap dans sa famille, mais elle avait un homme qui n'était pas un bon père de famille, un homme dont il fallait questionner vraiment son comportement, mais quand on la rencontrait vous auriez dû voir le sourire de cette femme. Il n'y a personne qui savait comment cette femme souffrait à l'intérieur d'elle-même. Quand tu lui demandais quelques choses, elle disait tout le temps : " Ah! Lise, je le sais pas mais je te le dirais seulement si je n'ai pas été capable mais vraiment capable d'essayer ". Nous autre aussi on peut faire cela.
J'ai commencé à 58 ans à faire du ski, j'ai commencé
à 59 ans à faire du vélo. J'ai vu un homme handicapé
visuel, qui était capable de voir une ligne noire sur une balle de golf
blanche. Cet homme avait un ami qui l'aimait beaucoup qui allait avec lui jouer
au golf. Il lui plaçait sa balle sur un tee et le mettait bien droit
avec la petite ligne noire. Finalement, il plaçait la petite ligne noire
dans la bonne orientation. Ce pauvre Monsieur Vigneault, il ne l'a voit jamais
partir sa balle, mais il se contente de se faire dire qu'il a fait un bon coup,
qu'il a frappé à tant de verges. Savez-vous que c'est un homme
qui est un champion? Il a créé sa fondation. Les gens sont tellement
fier de voir sa détermination. Il n'est pas riche avec sa fondation,
mais au moins, il peut prendre l'avion avec son ami pour aller faire des championnats
dans d'autres provinces ou dans d'autres pays. Imaginez que moi j'ai découvert
un sport extraordinaire, qui est le ski, le ski assis. J'ai trouvé cela
tellement extraordinaire que je n'ai pas pu le garder juste pour moi. J'ai créé
ma fondation, au Québec présentement, il y a 14 stations de ski
où on peut faire du ski assis. Chaque station a deux appareils au moins
et des instructeurs qui sont qualifiés. Il est certain que ce n'est pas
un sport que l'on peut se permettre à tous les jours, mais juste aller
vivre ce défi. J'ai vu des personnes inviter leur réseau, leur
famille, leur voisin, leur ami pour les accompagner le jour où ils en
ont fait la première fois. Cela valait le coup de pouvoir voir les diamants
et les étoiles qui brillaient dans leurs yeux. Dans la région
de Victoriaville, j'ai vu une jeune femme de 20 ans, qui jamais depuis le début
de sa vie n'avait vécu cela. Elle m'a dit devant à peu près
50 personnes, c'est la première fois de ma vie que j'ai l'impression
d'être sur mes deux jambes. Alors, je lui ai dit : " Dans la région,
il y a des gens d'un peu partout qui offrent ces services ". Je veux que,
d'ici 2005, toutes les stations soient équipées et celles qui
ont de la misère à l'accepter il faut leur dire qu'ils ne sont
pas équipés et leur demander pourquoi ils ne veulent pas le faire?
Vous devriez voir chez les instructeurs la fierté qu'ils ont. Cette expérience
donne
un sens à leur vie. Autrefois, ils étaient là pour dire
à une personne qui était debout comment skier, mais aujourd'hui
ils sont avec cette personne, qui fait peut-être comme moi et qui se met
à chanter pour ne pas pleurer tellement on est heureux. Il y a plein
de non-voyant qui partent et qui s'en vont une dizaine des fois une quinzaine
et des fois tout seul et qui s'en vont avec un instructeur qui les protège
avec un blason et qui leur dit à gauche, à droite ou attention
il y a une dénivellation.
Un jour que je fêtais le quinzième anniversaire d'une association à Québec pour les malentendants, le président qui était d'un dévouement extraordinaire me dit : " Madame, il faut qu'on entreprenne une bataille avec les aéroports pour qu'il y ait des écrans de télévision qui donneront accès à l'information. J'ai dit à cet homme, il faut que vous enleviez le mot bataille de votre vocabulaire. Vous devez devenir des partenaires avec les administrateurs des aéroports pour aller, en personne d'affaire, leur dire qu'ils ont peut-être oublié, mais qu'il y a un pourcentage de la population qui n'entendent pas les informations pertinentes. On est plus là pour sortir nos pancartes, on est là pour être des témoins et pour faire avancer les choses. Et quand on se rend compte que l'on est victime, que cela ne va pas assez vite, il y a un mécanisme extraordinaire qui s'appelle la lettre ouverte dans les journaux où on peut expliquer notre problème ou notre désaccord. Je vais vous dire que dans tous les bureaux de ministre, quand il y a une lettre ouverte dans un journal, cela s'en va rapidement sur le bureau du ministre et des fois, il en faut une deuxième, une troisième, ne négligez pas cela. Une fois que l'on a fait notre démarche comme humain et qu'on a fait les pas qu'il faut faire, il vient un moment où l'on a du mal, des fois avec l'aide de notre association, on est capable de faire des pas et quand les pas ne se font pas comme on le voudrait on devient des partenaires d'affaire pour sensibiliser les décideurs à aller autrement.
Il faut vous dire que dans ma mission de vie, il y avait problablement, le rôle extraordinaire que je me suis donné d'être présente, d'écouter, d'être rassembleur, d'encourager, de faire avancer et de faire grandir. J'aurais eu le courage d'aller vers des destinations, de faire en sorte que les personnes ne voient pas le fauteuil roulant mais qu'ils voient le messager. N'oubliez jamais que vous êtes le messager.
Je vous remercie et vous souhaite une journée magnifique! Je vous souhaite une vie extraordinaire, il y a personne qui peut décider quelle sorte de qualité de vie vous voulez vous donner, c'est seulement vous autres qui pouvez le décider. Il faut avoir du courage, il faut être audacieux, il faut souvent se faire dire non, mais j'ai appris qu'il faut se faire dire non au moins 13 fois par la même personne avant de comprendre que c'est un homme de politique.